La lutte contre la mafia
1) Le juge Falcone
Biographie
Giovanni Falcone est né à Palerme le 18 mai 1939. Il était issu d'une famille bourgeoise vivant au coeur de Palerme. Son père était directeur d'un laboratoire provincial de chimie. C'est sa mère qui le poussa à servir la messe. Durant cette période, il se demandait s'il serait médecin ou magistrat. C'est un thème de rédaction intitule " La vie est une mission, le devoir est sa loi suprême " qui le décida. Il s'inscrit donc dans une faculté de droit en même temps que dans une école navale. Il devint magistrat en 1964. De nombreux incidents survenus durant cette période vont le motiver à continuer cette carrière. Notamment la tuerie de Viale Lazio en 1969, la disparition du journaliste Mauro de Mauro en 1970, l'assassinat du procureur de la République Scaglione en 1971... mais surtout la Commission anti-mafia qui, en 1976, devaient fournir quelques révélations mais celles-ci se sont dissipées... Ce furent donc les premiers évènements phares de la jeune carrière du Juge Falcone.

Il devint juge au tribunal de Palerme en 1979. Sa première grande enquête concerna le mafieux Spatola. Celui-ci sera condamne à une lourde peine. Puis, pour la première fois, le juge Falcone fit saisir des documents bancaires et des feuilles de change. Cela était considère comme une nouvelle forme d'enquête contre la mafia. C'est plus tard qu'il reçut des cartes postales avec des croix et des cercueils dessus.
La methode Falcone
Falcone a travaillé avec acharnement durant 11 années contre la mafia. Il ne s'arrêtait pratiquement jamais. Cet engouement lui permit de comprendre tous les systèmes mafieux ainsi que d'obtenir la garde rapprochée des familles des repentis. C'est encore lui qui fut à l'origine du maxi-procès de Palerme qui se déroula de 1984 à 1987. C'est ici que l'on vit les plus grands chefs mafieux tomber un par un avec des lourdes peines. Mais il était également protégé à plein temps, avec ses portes blindées, ses systèmes de surveillances électroniques et ses écrans de contrôles allumés en permanence. Il était sur de lui lors de ses interrogatoires et a déstabilisé plus d'une personne par la clarté de ses idées. Il réussit d'autant plus à démasquer les organisations mafieuses grâce au premier repenti mafieux, Tommaso Buscetta, qui lui fut d'une précieuse aide. Falcone raconte :" Avant lui, je n'avais - nous n'avions - qu'une vision extérieure du phénomène mafieux. Avec Buscetta, nous avons commencé à le voir de l'intérieur. Il nous a livré une clé de lecture essentielle, un langage, un code. Il a été pour nous un professeur de langues. D'autres repentis ont été plus importants quant au contenu de leurs révélations, mais lui a été le seul à nous donner une méthode. Quelque chose de décisif, avec toute son épaisseur technique. Car sans méthode, on ne comprend rien. Tommasso Buscetta m'a donné les paramètres qui m'ont permis de mettre au point une méthode de travail." Malheureusement, Falcone s'est fait des ennemis même parmi les magistrats. Il les dérangeait à cause de son efficacité. Il a même été dit par ses proches qu'il en a fait plus en 4 quatre ans que les autres en ont fait en 20 ans sur la Cosa Nostra ! Une de ses grandes qualités était qu'il savait déjouer les pièges, les fausses complicités et le manque de respect envers sa personne. Ses interrogatoires débutaient toujours de la même manière : " Dites ce qu'il vous plaira, mais sachez bien que cet interrogatoire sera pour vous un calvaire, car j'essaierai de vous faire tomber dans tous les pièges possibles. Si par hasard, vous parvenez à me convaincre de la vraisemblance de vos propos, alors et alors seulement, je pourrais envisager de soutenir votre droit à vivre et à être protégé face à la bureaucratie et face à Cosa Nostra ". Cela rejoint donc l'idée qu'il avait un grand pouvoir de persuasion !

La mort du juge Falcone
Le samedi 23 mai 1992 vers 16 h 40, l'avion des Services secrets italien quitte l'aéroport de Rome de Ciampino avec à son bord Giovanni Falcone et sa compagne de 36 ans Francesca Morvillo, elle-même magistrat. Tout ceci se fait dans la discrétion la plus totale. A 17 h 48, le jet atterrit à l'aéroport de Punta Raisi à Palerme. Trois Fiat Croma blindées attendent le juge et sa femme. Le chef d'escorte s'appelle Arnaldo La Barbera. C'est un policier qui a déjà déjoué une tentative d'attentat contre Falcone en 1989, dans sa villa de l'Addaura. A 17 h 50, le cortège blindé quitte l'aéroport sans faire de bruit, c'est-à-dire qu'aucune sirène n'est enclenchée. Malheureusement, quelqu'un sait que Falcone est en route pour Palerme et sait que huit minutes plus tard, la Fiat Croma de Falcone passera à un endroit bien précis de l'autoroute. En effet, une tonne de tolite -sorte de nitroglycerine- a été dissimulée dans une canalisation située sous l'autoroute, plus précisément sous un passage piétonnier, à la sortie de la route pour Capaci. La voiture de Falcone se trouve au milieu des trois ; à son bord se trouvent Falcone (qui est par ailleurs le chauffeur), sa femme à ses côtés et son garde du corps depuis 1984 : Giuseppe Costanza. Les trois voitures se suivent de très près et roulent à 160 km/h. A 17 h 59, une gigantesque explosion se produit sur une portion de 100 mètres de l'autoroute.

L'attentat tuera les trois membres de la première voiture, ainsi que la compagne de Falcone. Ces quatre personnes meurent sur le coup. Giovanni Falcone, quant à lui, est toujours vivant après l'explosion, mais il mourra lors de son transfert à l'hôpital deux heures plus tard.

2) Les differentes luttes
Hormis le juge Falcone, la mafia a souvent connu de nombreux opposants dans son histoire. Nous allons voir quelles ont été les différentes luttes menées depuis la fin du XIXème siècle.
Tout d'abord, ce sont les paysans qui furent les premiers à combattre la mafia, et ce dès les années 1890. En
effet, les Fasci italiens se sont mobilisés avec l'armée face à une réforme agraire imposée par la mafia. Ces
affrontements firent des centaines de morts. La défaite des Fasci poussa un million de siciliens à émigrer vers
les Etats-Unis.
Les paysans reprirent leurs protestations en 1922. Cette fois, ils ont occupé des terres exploitées par les
mafieux. De nouveau, les paysans subirent des pertes, mais par dizaines, donc un peu moins énormes que 30 ans plus
tôt. Enfin, dans les années 50, la mafia accorde des terres en mauvais état aux exploitants, ce qui provoqua
l'incompréhension pour le peuple et, une fois de plus, un million de siciliens ont émigré, mais cette fois au nord
de l'Italie.
Ce sera ensuite la justice qui prendra le relais dans les années 80 avec les condamnations pour meurtre de grands parrains. Ces condamnations entraineront la mort de Falcone et de Borsellino. Depuis, plus personne n'ose véritablement attaquer la mafia sous peine de représailles.
Cela est donc dur de resister à la mafia, tant les essais de lutte se sont avérés vains.